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Bac français

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Un blog réalisé pour aider les lycéens dans leurs révisions au bac français

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Sommaire

Slt ce blog est créé pour aider tous les lycéens dans leurs révisions du bac français vous y trouverez différents commentaires composés, des biographies et des méthodes, n'hésitez pas à proposer des textes dont vous voudriez l'analyse ou encore donner des critiques quant à la mise en page si elle est assez clair ou pas afin de l'améliorer si besoin est. bon courage à tous!

Le bac 2006

- Prévisions
- Corrigé 2006: question
- Corrigé 2006: commentaire composé
- Corrigé 2006: dissertation
- Corrigé 2006: écrit d'invention

Commentaires de textes:

- Brise marrine de Mallarmé Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4 Ex.5 Ex.6 Ex.7
- Autorité de Diderot Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4 Ex.5
- Candide chapitre I de Voltaire Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4
- Candide chapitre III de Voltaire Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4 Ex.5
- Candide chapitre VI: l'Autodafé de Voltaire Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4 Ex.5
- Candide chapitre XIX: le nègre de Surinam de Voltaire Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4 Ex.5
- Candide chapitre XXX de Voltaire Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4
- Dialogue du chapon et de la poularde Ex.1 Ex.2
- L'invitation au voyage de Baudelaire Ex.1 Ex.2 Ex.3 Ex.4 Ex.5
- Le Mariage de Figaro Acte II scène 2 de Beaumarchais Ex.1
- Le Mariage de Figaro Acte II scène 21 de Beaumarchais Ex.1 Ex.2
- Le Mariage de Figaro Acte III scène 5 de Beaumarchais Ex.1 Ex.2
- Le Mariage de Figaro Acte III scène 16 de Beaumarchais Ex.1
- Le Mariage de Figaro Acte V scène 3: le monologue de Figaro de Beaumarchais Ex.1
- L'huître de Ponge Ex.1 Ex.2
- Le pont Mirabeau d' Apollinaire Ex.1 Ex.2 Ex.3
- Zone d' Apollinaire Ex.1 Ex.2
- La dent d'or de Fontenelle Ex.1 Ex.2
- Les obsèques de la lionne de La Fontaine Ex.1
- Rhinocéros: Le monologue de Bérenger de Ionesco Ex.1
- L'île des esclaves: scène 1 de Marivaux Ex.1 Ex.2 Ex.3
- L'île des esclaves: scène 2 de Marivaux Ex.1
- L'île des esclaves: scène 3 de Marivaux Ex.1
- L'ingénu chapitre I de Voltaire Ex.1
- Les Confessions: le ruban volé de Voltaire Ex.1
- Les mots de J.P.Sartre (extrait 1) Ex.1 Ex.2
- Discours sur l'Origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes de Rousseau Ex.1 Ex.2
- Ode XLIX de Viau Ex.1
- Mémoire d'Outre-Tombe: Préface de Chateaubriand Ex.1


Oeuvres intégrales:

- Candide de Voltaire

Dissertations

- Combat des Lumières
- Le siècle des Lumières
- Les intérêts et difficultés de l'autobiographie

Biographies:

- Baudelaire
- Beaumarchais
- Bosquet
- Diderot
- Mallarmé
- Montesquieu
- Ponge
- Rousseau
- Sartre
- Voltaire

Courants littéraires:

Je ne pense pas réussir à trouver le temps pour produire quelques articles dessus avant que le bac n'arrive donc je vous renvoit à cette page web qui reprend tous les courants littéraires qui sont apparus en France du moyen age à nos jours comme ça vous pourrez vous constituer une base de connaissance recommandable avant les épreuves: CLIC ICI

Méthodes:

- Méthode pour dissertation
- Faire un plan de dissertation
- Conseils pour l'oral
- Conseils pour l'écrit
- Conseils pour l'entretien
- Argumenter
- Le théâtre
- L'apologue
- Le biographique
- L'autobiographique
- La nouvelle
- La poésie (règles de versification)
- Registres et tonalités
- Genres et types de textes
- Les figures de style
- Les mouvements littéraires


Fiches de révisions:

- Modèle
- Lettres Persannes: Lettre LXXXX de Montesquieu


Annales:

- Sujet national 2002 séries s/es
- Sujet national 2003 séries s/es
- Sujet national 2004 séries s/es
- Sujet national 2005 séries s/es
- Sujet national 2002 série L
- Sujet national 2003 série L
- Sujet national 2004 série L
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#Posté le lundi 27 mars 2006 09:30

Modifié le dimanche 13 janvier 2008 03:32

Brise Marine - Mallarmé

Brise marine



La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature!

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!



Stéphane Mallarmé, Poésies



Brise Marine


I.] Le mal de vivre

a) Un constat désabusé
« La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres » : la culture a épuisé ses ressources et n'a pas apporté de réponses (aspect de l'accompli du passé composé) > l'amour satisfait est amer.
Le mal de vivre à un niveau métaphysique :
« Un Ennui, désolé par les cruels espoirs ».
« Ennui » = appel du vide
« cruels espoirs » = oxymore qui traduit l'espoir renaissant et toujours déçu.

b) Le refus des liens
- La famille :
« Ni la jeune femme allaitant son enfant » : la crise de la naissance de l'enfant s'accompagne chez le poète d'un sentiment d'exclusion. > la famille d'aval
« les vieux jardins reflétés par les yeux » : les racines familiales, le passé, la civilisation. > la famille d'amont.
- le travail solitaire du poète :
« ni la clarté déserte de ma lampe » : angoisse de la page blanche, le poète est inhibé par le vide de cette page.
« O nuits ! » : la douleur dans l'invocation ; le pluriel mesure le temps écoulé stérilement dans l'élaboration poétique.
Cet appel au large est avant tout un besoin de rupture d'où l'indéfinition de la destination, la ligne brisée de l'élan et la suggestion d'un retour au projet poétique.

II.] Quel « Ailleurs » ?

a) Le caractère impérieux de cet appel
1 / 3 / 2 / 6 /
« Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres » (vers 2)
Le caractère impérieux de cet appel est traduit par les points d'exclamation, le rythme lentement marqué par les coups et l'irrégularité des mesures. Le rythme croissant montre l'emportement du poète.
« Je partirai! » (vers 9) : le futur exprime le passage à l'acte via la certitude, la conviction.

b) Indignation de « l'ailleurs »
« Fuir! » (vers 2) : l'accent est mis sur le lieu que l'on quitte et non sur la destination.
Les éléments retenus sont frappés eux-aussi d'une dématérialisation. Au vers 2, les oiseaux sont ivres mais d'une ivresse immatérielle (celle de l'écume, poussière d'eau, eau vaporisée). Ils évoluent dans les cieux : ce voyage est davantage vertical. Enfin le navire désigné par le mot anglais steamer met l'accent sur la vapeur : c'est une métonymie expressive

c) La tentation du suicide
2 / 2 / 2 / 3 / 3 /
« Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots... » (vers 15)
La scansion de ce vers révèle cinq mesures et donc un ralentissement spectaculaire du rythme. L'appel du néant est suggéré par les points de suspension qui interrompent l'évocation du naufrage.
Le dernier vers ferme la boucle : le chant des matelots se propose comme métaphore de la poésie et de ses harmonies ce qui retient le poète au bord du gouffre, c'est aussi ce qui l'y avait amené (la solution poétique).
Le voyage à la manière de Mallarmé n'est ni le voyage sensuel et l'idéal de Baudelaire ni le voyage métaphysique de Rimbaud mais c'est un frôlement du néant à travers une dématérialisation du réel. Ce voyage non réalisé devient une nouvelle source d'inspiration poétique.
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#Posté le lundi 27 mars 2006 09:33

Modifié le dimanche 21 mai 2006 15:43

Autorité - Diderot

Autorité Politique
Extrait de l'Encyclopédie



Introduction
¼uvre gigantesque entreprise pas Jean d'Alembert et Denis Diderot, l'Encyclopédie se présente comme un dictionnaire des connaissances du XVIIIème siècle. Mais elle a également une portée politique et critique, par certains articles sur la monarchie absolue, la pensée dominante et l'organisation sociale.
Cet article va assurer la transition entre L'Esprit des lois (1748) et Le Contrat social de Rousseau. Les uns ont trouvé son article très peu timoré et les autres subversif.


Lecture du texte

Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c'est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l'état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d'une autre origine que la nature. Qu'on examine bien et on la fera toujours remonter a l'une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s'en est emparé ; ou le consentement de ceux qui s'y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils on déféré l'autorité.
La puissance qui s'acquiert par la violence n'est qu'une usurpation et ne dure qu'autant que la force de celui qui commande l'emporte sur celle de ceux qui obéissent : en sorte que , si ces derniers deviennent a leur tour les plus forts, et qu'ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l'autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l'autorité la défait alors : c'est la loi du plus fort.
Quelquefois l'autorité qui s'établit par la violence change de nature ; c'est lorsqu'elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu'on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l'était arrogée devenant alors prince cesse d'être tyran.
La puissance, qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en rendent l'usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l'homme ne doit ni ne peut se donner entièrement sans réserve a un autre homme, parce qu'il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C'est Dieu, jaloux absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu'ils obéissent à l'un d'eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve afin que la créature s'arroge pas les droit du créateur. Toute autre soumission est le véritable crime de l'idolâtrie. Fléchir le genou devant un homme ou devant une image n'est qu'une cérémonie extérieur, dont le vrai Dieu qui demande le c½ur et l'esprit ne se souvient guère qu'il abandonne à l'institution des hommes pour en faire, comme il leur conviendra des marques d'un culte civil et politique, ou d'un culte de religion. Ainsi ce ne sont point ces cérémonies en elles-mêmes, mais l'esprit de leur établissement, qui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n'a point de scrupule à servir le roi le genou en terre ; le cérémonial ne signifie ce qu'on a voulu qu'il signifiât ; mais livrer son c½ur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté et au caprice d'une pure créature, en faire l'unique et le dernier motif de ses actions c'est assurément un crime de lèse-majesté divine au premier chef.



Annonce du plan

Etude méthodique


1° axe : L'idée fondamentale de Diderot

Aucun pouvoir ne saurait être légitime s'il ne provient de l'abandon librement consenti de tout ou partie de la liberté attachée à la nature humaine.

a) L'accession à la liberté : la raison (l.3)

Dès que l'homme est adulte, capable de se gouverner lui-même à l'appui de cette assertion : l'autorité paternelle " la seule qui soit naturelle " mais cesse dès qu'elle n'est plus exercée par un père dans le cadre strictement familial.
L'autorité vient de la nature (paternelle) ou de la force "force, violence, emparé, tyran, joug" ou du "consentement" (trois occurrences)
La 2ème est régit par la loi du plus fort.
La 3ème est limitée par la Rép et doit être utile à la société et avantageuse pour tous.

Elle instaure un ordre de subordination.

ne se laisse pas impressionner par le cérémonial de l'accueil
fins observateurs
ont su livrer le résultat de leur observation ( 10 et après)
ont du bon sens (roi :enfant)

Conclusion partielle : Pour Diderot, le tyran est celui qui tient son autorité de la force, alors que le prince a un pouvoir légitimé par le consentement du peuple et respecte un contrat avec celui-ci. Cette autorité ne doit agir que par raison et avec mesure (ligne 32).



2° axe : Une argumentation rigoureuse
Diderot ne pense pas à la révolution mais plutôt à une évolution : "quelque fois, change de nature, devenant alors prince cesse d'être tyran".
Cependant, la 1ère phrase a une tonalité péremptoire (catégorique). Implicitement, Diderot remet en cause la monarchie de droit divin (implicite car censure des Jésuites).
Diderot bénéficie de la caution de Dieu pour récurer l'église.
L'argument est repris au paragraphe 4 et utilisé pour justifier le seul type de soumission que Diderot reconnaît.
C'est parce que l'homme ne s'appartient pas qu'il ne peut pas appartenir à un autre homme : l'homme appartient à Dieu, " maître aussi jaloux qu'absolu ".
Diderot légitime l'autorité par consentement en passant par Dieu. L'accord par lequel " les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, obéissent à l'un d'eux " est la seule soumission que Diderot ne qualifie pas d'un crime d'idolâtrie. La caution religieuse appuie de nouveau l'habileté de l'argument.
De nombreux connecteurs logiques (mais, en sorte que, donc, car, afin que, parce que, ainsi, alors) sont la marque de la rigueur de la pensée de Diderot. D'autre part, l'auteur ne marque absolument pas sa présence dans le système d'énonciation, utilise le pronom indéfini " on ", qui traduit la distance de l'auteur par rapport à son propos, son souci d'objectivité et le " on " invite le lecteur à vérifier ce qui est dit.


Conclusion

C'est un article de L'Encyclopédie qui définit l'autorité mais qui est aussi une critique de la monarchie absolue de droits divins. Le postulat de Diderot est que l'autorité n'est pas naturelle. Il existe deux sortes d'autorité : celle qui émane de la force et celle qui émane du consentement. C'est à cette dernière que Diderot donne le plus d'importance de manière à critiquer la monarchie française de l'époque. Cet article est construit très rigoureusement.
Cette critique du pouvoir est également faite dans Lettres Persanes de Montesquieu.






analyse linéaire:


INTRODUCTION :
AUTEUR : Denis Diderot (1713-1784) est un des philosophes des Lumières à l'origine et directeur de l'Encyclopédie. Il a élaboré le drame au théâtre. Il a été condamné par le parlement pour impiété. Il a écrit : Le rêve de d'Alembert, Lettres sur les aveugles et Paradoxe sur le comédien entre autres.
¼UVRE : L'Encyclopédie est un ouvrage de 28 volumes dans lequel est rassemblé toutes les idées nouvelles du 18ème Siècle . Les hommes les plus compétents dans chaque domaine y on travaillé dont ses fondateurs : Diderot et d'Alembert mais aussi Holbach, Rousseau ou Voltaire. Le but de L'Encyclopédie est de permettre à l'homme de se libérer des préjugés, de l'autorité et des peurs diverses.
EXTRAIT : C'est un article qui conteste, s'interroge sur la notion d'autorité et qui met en cause la monarchie absolue de droit divin en France. Le texte est bâti comme une démonstration, très logique, il part de la notion d'autorité pour en arriver à une critique du pouvoir royal
LECTURE DU TEXTE

STRUCTURE DU TEXTE

Ligne 1 à 8 : définitions des différentes autorités : autorité paternelle : naturelle

: autres autorités : non naturelles

Ligne 9 à 13 : autorité par la force.

Ligne 14 à 16 : transition entre l'autorité par la force et celle par le consentement

Ligne 17 à 34 : autorité par le consentement des peuples

ANNONCE DE LA METHODE D'EXPLICATION

Recours à une explication linéaire.

EXPLICATION LINEAIRE

1er paragraphe Lignes 1 à 8

Ligne 1 à 5 :La notion d'autorité n'appartient pas à la nature, ton très affirmatif voir péremptoire du texte : " aucun homme ", " chaque homme a le droit "Ligne 2, " toute autre autorité " Ligne 5. La répétition du mot droit Lignes 1 et 2 souligne l'idée que l'autorité n'est pas naturelle. Il y a une marque de concession dans cette affirmation " si la nature (...) paternelle " Lignes 1,2 et 3. Cependant cette autorité a des limites : " mais " Ligne 4, " bornes " Ligne 5, " elle finirait aussitôt que " Ligne 5. L'emploi de " quelques " Ligne 3 minimise l'importance de cette autorité : Diderot pense en effet que l'autorité naturelle n'existe pas.

Ligne 5 à 8 : Il est question de l'autorité non naturelle qui est de deux sortes :

la violence et la force

le consentement du peuple

Le ton est toujours péremptoire avec le subjonctif à valeur d'ordre : " qu'on examine bien " Ligne 5 " toujours ".

2éme paragraphe : Lignes 9 à 14

L'autorité par la violence : champ de la violence " violence ", " force ", " les plus forts ". Mise en évidence d'un rapport de force entre l'individu qui domine tous les autres et ceux qui sont dominés : " celui qui " s'oppose à " ceux qui ", " ces divers ", " ils "

Pour Diderot cette autorité est contestable : " usurpation " Ligne 9, " joug " (poids) Ligne 11, " n'est qu'une.. et ne dure autant que " pouvoir arbitraire, illégitime qui renvoit au mot " tyran " Ligne 16. Cette autorité a des limites qui découlent de sa nature même, c'est à dire de la force Ligne 10 à 13. Le rapport de force peut s'inverser. Diderot évoque une situation de renversement politique.

3ème paragraphe : Ligne 14 à 16

Ces lignes servent de transition : termes qui renvoient à l'autorité par la violence : " violence " Ligne 14, " ceux qu'on a soumis " Ligne 15, " tyrans " Ligne 16 ; termes qui renvoient à l'autorité par consentement : " change de nature " Ligne 14, " consentement exprès " Ligne 15, " prince " Ligne 16

On passe d'un pouvoir autoritaire à un pouvoir accepté par le peuple.

4ème paragraphe : Ligne 17 à fin

Ce dernier paragraphe est consacré à l'autorité avec le consentement des peuples. Cette autorité est celle à laquelle Diderot donne le plus d'importance.

Ligne 17 à 21 : l'origine de cette autorité est le consentement Ligne 17. Il faut qu'elle ait une certaine utilité : " utile à la société ", " avantageux à la République " Ligne 18 (République = chose publique) et des limites pour qu'elle puisse fonctionner " qui la fixent et la restreignent entre des limites " Lignes 18-19, " nécessairement " Ligne 17 indique que ces conditions sont indispensables. " car l'homme... " Lignes 19 et 21 sert à justifier les limites de l'autorité par le consentement : justification de type religieux : on ne peut pas se soumettre entièrement à un autre homme car seul Dieu a le droit de recevoir cette soumission Ligne 19 : " se donner entièrement et sans réserve " est une attitude que condamne Diderot dans cette forme d'autorité. Logique du passage avec l'expression : " suppose nécessairement " Ligne 17, " car " Ligne 19 et " parce que " Ligne 20

Ligne 22 à 26 : Ce passage définit l'attitude qu'on doit avoir face à Dieu d'une part et face à l'homme qui exerce l'autorité d'autre part.

DIEU : " pouvoir toujours absolu sur la créature ", " maître absolu toujours " Ligne 21, " ne perd jamais ses droits " Ligne 22, " aveuglément et sans réserve " Ligne 24

L'antithèse Ligne 25 montre cette séparation entre la créature et le créateur.

HOMME QUI A AUTORITE : " par raison et avec mesure " Ligne 24, " véritable crime de l'idolâtrie " Ligne 26, la soumission totale à une personne est en fait une injure faite à Dieu.

A la Ligne 22 " il permet (...) mais " est une concession : Dieu autorise l'autorité parmi les hommes à condition qu'elle ne se transforme pas en idolâtrie.

Ligne 26 à 34 : Ce dernier passage est l'illustration par l'exemple de l'idolâtrie que condamne Diderot : attitude physique (prosternation) qu'on a devant le roi qui est une double condamnation : l'attitude devrait être réservée à Dieu et pas à l'homme, de plus, même pour lui, Dieu ne souhaite pas ces signes de soumission (sans importance) : " n'est qu'une cérémonie extérieure " Ligne 27. Ici Diderot critique très fortement l'étiquette (le cérémonial) de la cour qui était en vigueur à l'époque. " Un anglais... " Ligne 31 est une nouvelle concession avec une allusion à l'Angleterre. Le fait de fléchir le genou en Angleterre devant le roi est acceptable parce que ce n'est qu'un " cérémonial " Ligne 31 ce qui s'oppose au crime de " lèse majesté " Ligne 34 en France. Le régime monarchique parlementaire qui protège les individus est prise en exemple.


CONCLUSION :

C'est un article de L'Encyclopédie qui définit l'autorité mais qui est aussi une critique de la monarchie absolue de droits divins. Le postulat de Diderot est que l'autorité n'est pas naturelle. Il existe deux sortes d'autorité : celle qui émane de la force et celle qui émane du consentement. C'est à cette dernière que Diderot donne le plus d'importance de manière à critiquer la monarchie française de l'époque. Cet article est construit très rigoureusement.

Cette critique du pouvoir est également faite dans Lettres Persanes de Montesquieu.
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#Posté le mardi 28 mars 2006 11:52

Modifié le dimanche 02 avril 2006 09:03

Candide chapitre 1 - Voltaire

CANDIDE
Le château de thunder-ten-tronckh
Chapitre 1


INTRODUCTION



L'article "Genève" de L'Encyclopédie, que Voltaire inspire à d'Alembert suscite la tempête chez les pasteurs : les antiphilosophes veulent l'expulser de la propriété des délices, qu'il avait acquis en 1755. En 1758, il achète la propriété de Ferney, située à cheval sur la frontière franco-suisse, pour se mettre à l'abri. C'est cette année là qu'il rédige Candide, conte philosophique qui contredit la théorie de l'optimisme selon laquelle tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, mais sans la détruire tout à fait puisque la plupart des personnages finissent par cultiver sagement leur jardin en renonçant à la métaphysique. Il sera publié en 1759, sous couvert de l'anonymat, puis du pseudonyme en 1761.

- - - Présenter le passage - - -


LECTURE


ANNONCE DES AXES

Premier axe de lecture : Un paradis de pacotille
Deuxième axe de lecture : La satire de la société féodale
Troisième axe de lecture : Un philosophe dogmatique et grotesque

ETUDE

I- Un paradis de pacotille

1. Le lieu : l'Allemagne

C'est le pays de Leibniz, principal philosophe théoricien de l'Optimisme que combat Voltaire : celui de Frédéric II de Prusse, que l'auteur admirait comme le modèle du souverain éclairé et avec lequel un séjour à Berlin vient de le brouiller. La Westphalie en est aussi la province la plus pauvre: en la choisissant comme Éden fondateur du conte, et en faisant croire à tous les personnages que le baron, avec son château qui avait une porte et des fenêtres - (1.14), est un puissant seigneur, Voltaire souligne la médiocrité de cet idéal et l'aveuglement de ses héros: il donne une leçon de relativité entre la réalité et l'idée que les hommes s'en font. Satire de la lourdeur aile- rnande, également, l'emphase du nom Thunder-ten-tronckh, l'embonpoint de la baronne (1 50 kg) et de sa fille ( grasse -, 1. 24).
La grande économie de détails sur le décor et les paysages est habituelle dans les romans et contes à l'époque. Mais chez Voltaire, c'est aussi un procédé systématique . la parcimonie des descriptions charge chaque détail d'un sens et d'une fonction philosophiques ou satiriques très forts. Ici, l'Allemagne se réduit à deux ou trois clichés, épaisseur des corps, philosophie épaisse, d'ailleurs toujours valables au xx1 siècle tant les préjugés ont la peau dure... Les personnages font l'objet d'un traitement identique. Une galerie de portraits stéréotypés Evocation de Candide encadre celle des autres personnages, cette composition situe d'emblée le jeune garçon comme le héros, mais insiste aussi sur sa marginalité sociale de bâtard: il est ensuite réintégré à sa place normale, qui est la dernière. Les comparses, en effet, se présentent dans un ordre familial et social hiérarchique . le baron, son épouse, leurs enfants, le précepteur, enfin l'enfant naturel. La fille vient avant le fils, ce qui annonce le rôle majeur de Cunégonde. De même, seuls Candide et Cunégonde ont un prénom; on ignore si Pangloss est un nom ou un prénom. Tous les trois font l'objet de précisions succinctes, et l'on a même l'honneur d'entendre la voix du professeur pour un fragment édifiant de cours de philosophie. Mais cette économie de description n'est rien au regard du sort réservé au baron, à sa femme et à son fils, anonymes et expédiés en deux traits d'esquisse caricaturale. Le premier n'est pas méchant au fond mais prétentieux et un peu ridicule même pour ses serviteurs. Son épouse placide ne se distingue que par son poids et une bonne éducation limitée à une politesse formelle (faire - les honneurs de la maison - avec - dignité -, 1. 22), ce qui veut dire qu'elle est laide et bête; quant au fils, on se contente de noter qu'il - paraissait en tout digne de son père », ce qui vu le portrait du père retourne le compliment en charge féroce, qui sera confirmée dans la suite du conte où il se montrera imbu de ses titres jusqu'à en être borné. Un sort particulier est donc réservé à Candide. On devine, aux rumeurs des serviteurs, que son statut d'enfant non reconnu, mais assimilé à Cunégonde et à son frère (il suit comme eux les leçons de Pangloss), cache un secret de famille : la s½ur du baron a fauté avec un voisin. Né d'un père « bon et honnête » (1. 8), il a un physique ,agréable, qui expliquera l'attachement sensuel de Cunégonde. Ses qualités d'intelligence et de morale le prédisposent à une évolution vers l'esprit critique et emportent l'adhésion émue du lecteur. On sent déjà qu'il pourra exprimer les idées de l'auteur, et jouer le rôle de héros de roman d'apprentissage : intelligent, certes (« jugement assez droit », 1. 4), mais aussi jeune et malléable, naïf (- l'esprit le plus simple -, 1. 5), il a, dirait-on aujourd'hui, un fort potentiel. 1. Noter l'allitération en - t - et le sens du mot thunder (tonnerre) ; voir au chapitre 2 le nom de ville Valdberghoff-trarbk-dikdoff, signifiant forêtmontagnecour-gageure dérisoire-épais village...

2. Aucun des nombreux peuples visités dans Candide n'échappe à ce procédé du cliché :

Aucun des nombreux peuples visités dans Candide n'échappe à ce procédé du cliché :
Les Français sont bavards, médisants et volages (chap. 22), les Espagnols et Portugais orgueilleux et intolérants (inquisition du chap. 6, gouverneur du chap. 13), les Turcs totalitaires et cruels (chap. 20), etc.


II- La satire de la société féodale

Voltaire oppose la prétention de richesse (- grande salle -, - meute -, - piqueurs ., - grand aumônier -, termes ou titres nobles, 1. 15 à 18) et la basse réalité (simples ornements de - tapisserie -, « chiens de basse-cour -, - palefreniers -, - vicaire -). Les serviteurs même, tout en affublant le baron du titre pompeux de monseigneur - sans gêne ni malice - rient de ses contes - (1. 19) leur respect a des limites, tout se déroule dans une ambiance à la fois guindée et familiale. La satire sociale atteint son point culminant avec l'exigence des quartiers de noblesse, qui annonce que derrière la bonhomie des nantis se cachent des exigences et des préjugés très âpres et absurdes : un honnête homme est refusé comme époux, parce qu'il ne peut prouver que 71 quartiers (nombre d'ancêtres nobles) au lieu de 72, pedigree du baron, différence infinitésimale et dérisoire. Dans ce détail se niche toute l'audace de la critique par les philosophes puis les révolutionnaires du 18e siècle de la raideur improductive et méprisante des castes qui prévalaient dans l'Ancien Régime. On trouve ici, déjà, l'ironie cinglante qui sera celle du Figaro de Beaumarchais.


III- Un philosophe dogmatique et grotesque

Le nom même de Pangloss est parodique (. toute langue - en grec, ce qui peut signifier - qui ne fait que parler - et suggère un vain bavardage). Dès cette première apparition il se distingue par deux traits: - oracle de la maison - (1. 26), dogmatique, il n'a aucun contradicteur; et ses discours sont ridicules. Pour le prouver, Voltaire devance le jugement du lecteur en annonçant que Pangloss enseigne la - métaphysico-théologo-cosmolonigologie - (1. 29) : la pétarade intellectuelle jargonnante s'achève burlesquement par l'ex- pression - nigologie - (la science, logos en grec, des nigauds « nigo ». Dans la phrase suivante, l'allusion aux - effets sans cause - signale au lecteur averti que la philosophie, si l'on ose dire, en cause ici, est celle de Leibniz et Wolf (voir p. 45), qui ont inventé le principe de la raison suffisante et des causes finales. Les théories de l'optimisme apparaissent aussi dans la dernière phrase avec une surenchère en allusion à Pope, autre philosophe de cette mouvance, qui avait écrit dans son ouvrage Essai sur l'Homme (1 733). - Tout ce qui est, est bien. - Entre ces deux assertions vient un échantillon de raisonnement particulièrement défectueux de Pangloss sur les mêmes causes finales (la fin pour laquelle une chose est faite) : il va de soi, et l'on ne peut que s'étonner de la naïveté de Candide face à de telles inepties, (que les nez ne furent pas inventés pour les lunettes, mais les lunettes pour les yeux faibles, que ce sont les chaussures qui ont été conçues pour protéger les jambes, et non l'inverse, que les pierres n'étaient pas destinées à être taillées. L'accumulation de tels exemples, avec des phrases construites sur un schéma identique, crée un effet comique, qui culmine dans les deux dernières. Le château du baron dont on a vu la médiocrité (il ne se distingue des chaumières environnantes que par des portes et des fenêtres) est utilisé pour le discours Philosophique, la mention des porcs faits pour être mangés en toute période et par tout le monde ne peut que susciter le rire le lecteur sait bien que le porc est une denrée interdite dans certaines religions.


CONCLUSION

En quelques lignes Voltaire pose donc l'essentiel du sujet et des procédés de l'ensemble du conte, et, dans une parodie du premier chapitre de la Bible (la Genèse, Éden dont l'Adam est ici Candide et l'Ève qui le séduira Cunégonde, et dont Candide sera bientôt chassé), met en place la référence à un premier jardin, à un premier paradis, qui servira de référence constante à la quête de son héros. Le château, symbole pour Candide du bonheur, sera par la suite une référence déterminante pour son apprentissage, jusqu'à sa duplication finale dans la métairie orientale.
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#Posté le jeudi 30 mars 2006 10:26

Modifié le mercredi 11 juillet 2007 23:24

Dialogue du Chapon et de la Poularde - Voltaire

Dialogue du chapon et de la poularde (1763)
Voltaire



Introduction

L'apologue est un moyen privilégié pour moraliser, et ce qu'il prenne la forme d'une fable, d'un conte, ou même d'un dialogue comme c'est le cas pour celui du chapon et de la poularde. Dans l'extrait que nous en allons étudier, l'auteur, Voltaire, démontre, dans un but moralisateur, l'absurdité de la conduite des hommes, de leurs traditions, et en profite pour railler la religion et ce qui s'y rapporte.

Lecture du texte


LA POULARDE

Que la gourmandise a d'affreux préjugés ! J'entendais l'autre jour, dans cette espèce de grange qui est près de notre poulailler, un homme qui parlait seul devant d'autres hommes qui ne parlaient point ; il s'écriait que « Dieu avait fait un pacte avec nous et avec ces autres animaux appelés hommes ; que Dieu leur avait défendu de se nourrir de notre sang et de notre chair ». Comment peuvent-ils ajouter à cette défense positive la permission de dévorer nos membres bouillis ou rôtis ? Il est impossible, quand ils nous ont coupé le cou, qu'il ne reste beaucoup de sang dans nos veines ; ce sang se mêle nécessairement à notre chair; ils désobéissent donc visiblement à Dieu en nous mangeant. De plus, n'est-ce pas un sacrilège de tuer et de dévorer des gens avec qui Dieu a fait un pacte ? Ce serait un étrange traité que celui dont la seule clause serait de nous livrer à la mort. Ou notre créateur n'a point fait de pacte avec nous, ou c'est un crime de nous tuer et de nous faire cuire, il n'y a pas de milieu.


LE CHAPON

Ce n'est pas la seule contradiction qui règne chez ces monstres, nos éternels ennemis. Il y a longtemps qu'on leur reproche qu'ils ne sont d'accord en rien. Ils ne font des lois que pour les violer et, ce qu'il y a de pis, c'est qu'ils les violent en conscience. Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions. Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices, et n'emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées. Figure-toi que, dans le petit pays où nous vivons, il est défendu de nous manger deux jours de la semaine : ils trouvent bien moyen d'éluder la loi ; d'ailleurs cette loi, qui te parait favorable, est très barbare ; elle ordonne que ces jours-là on mangera les habitants des eaux : ils vont chercher des victimes au fond des mers et des rivières. Ils dévorent des créatures dont une seule coûte souvent plus de la valeur de cent chapons : ils appellent cela jeûner, se mortifier. Enfin je ne crois pas qu'il soit possible d'imaginer une espèce plus ridicule à la fois et plus abominable, plus extravagante et plus sanguinaire.




Annonce des axes

En premier lieu, nous analyserons les longues tirades et nous pourrons observer les moyens mis en ½uvres par le philosophe pour révéler toute l'ineptie du genre humain, des institutions religieuses et de leurs lois.
Ensuite, nous montrerons qu'à travers ce blâme, Voltaire veut surtout transmettre une leçon de morale.


Analyse méthodique

I - Les moyens pour révéler l'ineptie du genre humain, des institutions religieuses et de leurs lois

Sous la forme d'un dialogue, l'écrivain met en scène deux interlocuteurs polémistes qui lèvent le voile sur toutes les absurdités qui entourent le comportement des hommes entre eux, mais aussi avec les autres vivants avec qui ils partagent le globe. Pour commencer, les hommes sont décrits comme une espèce « abominable » et « sanguinaire » : relevons bien le champ lexical qui leur est cédé : celui de la barbarie et de la sauvagerie (« animaux », « sang », « chair », « mort », « crime », « monstres », « barbare », « victimes », « dévorent », « abominable », « sanguinaire »). La poularde en est si convaincue qu'elle parle des « hommes » simplement comme d'« autres animaux » ; une manière, qui se veut visiblement fortuite, de rabaisser les hommes de leur rang d'espèce dominante. Le chapon va encore plus loin : il parle de « monstres » en parlant des hommes (métaphore) et les considère comme ses « éternels ennemis ». Ses propos entre les lignes 82 et 87, montrent la barbarie des lois humaines : « cette loi [...] est très barbare ; elle ordonne que ces jours-là on mangera les habitants des eaux : ils vont chercher des victimes au fond des mers et des rivières ». Il ajoute ensuite qu'en plus d'être l'espèce la plus « abominable » et la plus « sanguinaire », l'espèce humaine est la plus « ridicule » et la plus « extravagante » pour plusieurs raisons. La première est que les hommes sont en constante « contradiction » : « Plus on voit ce monde, et plus on le voit plein de contradictions et d'inconséquences » écrivait Voltaire. Cette contradiction, on la retrouve aussi bien entre eux (« Il y a longtemps qu'on leur reproche qu'ils ne sont d'accord en rien ») que dans leurs comportements (« Ils ne font des lois que pour les violer et, ce qu'il y a de pis, c'est qu'ils les violent en conscience », « ils trouvent bien moyen d'éluder la loi »). L'extravagance et le ridicule des hommes éclatent dès la ligne 80 (« Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions »), notamment grâce à l'emploi de figures d'exagération et d'insistance : l'utilisationdu mot « cent » et sa répétition créent une hyperbole et une anaphore qui confirment toute l'intensité de l'extravagance et du ridicule. Ces deux figures de style sont suivies d'une troisième : un parallélisme (« Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices, » // « et n'emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées. ») qui rend compte de la malhonnêteté et de la tricherie des hommes, deuxième raison par laquelle Voltaire, en faisant parler son chapon, explique l'origine de l'extravagance des hommes. L'auteur continue de le démontrer lorsqu'il écrit aux lignes 86 et 87 qu'« ils [les hommes] dévorent des créatures dont une seule coûte souvent plus de la valeur de cent chapons » et « appellent cela [...]se mortifier ». On ne saurait s'empêcher de sourire à la lecture de ces propos, quand on comprend que Voltaire veut faire passer les hommes pour de voraces créatures affamées de viande, pour qui le seul fait de s'en priver devient une véritable torture ! D'autant plus que cette loi, qui veut leur faire manger des « habitants des eaux », est issue de la religion ou de l'« infâme » que le philosophe veut « écraser » ; et il ne se contient pas dans ce dialogue. Le blâme de la religion est évident.

En effet, on retrouve divers moyens déployés par l'auteur pour dévaloriser les institutions religieuses, leurs hommes, leurs lois, ... Tout d'abord, relevons une périphrase satirique à la ligne 68, où pour signifier une église, l'auteur écrit : « une espèce de grange qui est près d['un] [...] poulailler ». Ensuite, il ajoute : « un homme qui parlait devant d'autres hommes qui ne parlait point » pour décrire le déroulement d'une messe ; il s'agirait alors d'un prêtre ou un curé qui s'adresse à ces paroissiens. Toutefois, la formulation de la poularde(et donc de l'auteur) « colle » au prêtre une image de prétentieux, et au reste des hommes « qui ne parlai[t] point » celle d'idiots gobeurs dont on bourre le crâne de superstitions infâmantes. Le verbe « s'écriait » conjugué au prêtre accentue l'impression précédemment évoquée. Après cela, entre les lignes 70 et 77, la poularde se livre à véritable raisonnement syllogistique, comportant une loi majeure (« Dieu [a] fait un pacte avec nous [les volailles ou les animaux] et avec ces autres animaux appelés hommes ; [...] Dieu leur [a] défendude se nourrir de notre sang et de notre chair »), une prémisse mineure (« [or] il est impossible, quand ils nous ont coupé le cou, qu'il ne reste beaucoup de sang dans nos veines ; ce sang se mêle nécessairement à notre chair »), et une conclusion (« ils désobéissent donc visiblement à Dieu en nous mangeant » et « c'est un crime de nous tuer et de nous faire cuire »). Ce syllogisme est « mêlé » à un deuxième qui débute d'ailleurs par la même majeure (« Dieu [a] fait un pacte avec nous [les volailles ou les animaux] et avec ces autres animaux appelés hommes ; que Dieu leur [a] défendu de se nourrir de notre sang et de notre chair. »), mais se poursuit avec une toute autre mineure, présentée sous la forme d'une question oratoire pour mieux faire réfléchir (« n'est-ce pas un sacrilège de tuer et de dévorer des gens avec qui Dieu a faitun pacte ? »), et enfin une conclusion partagée entre deux hypothèses possibles (« Ou notre créateur n'a point fait de pacte avec nous, ou c'est un crime de nous tuer et de nous faire cuire »), certes, mais ne permettant aucun équivoque ( il n'y a pas de milieu. »). Signalons cependant que l'une de ces hypothèses (« c'est un crime de nous tuer et de nous faire cuire ») sera écartée puisque la prémisse mineure dont elle découle est susceptible d'être discréditée (« Ce serait un étrange traité que celui dont la seule clause serait de nous livrer à la mort. »).

Voltaire a la religion en horreur, et il ne le cache pas ! Dans ce dialogue, il fait son blâme et celui des hommes, ou pour mieux dire, de leurs comportements, de leurs m½urs, car ce philanthrope a toujours estimé que le meilleur moyen de corriger les hommes était de leur dévoiler leurs erreurs.



II - Une leçon de morale

Aussi, le présent apologue a-t-il pour objectif d'améliorer une société comblée d'intolérance, de préjugés, d'inconséquences, d'extravagance, de ridicule, d'horreurs, ... la liste est longue ! L'argumentation déployée semble effectivement porter une leçon de morale que nous ne saurions dégager qu'approximativement à partir du court extrait qui nous est proposé à commenter. Les moyens mis en ½uvres pour convaincre et persuader, par contre, sont très explicites. En premier lieu, nous avons le blâme, que nous avons exhaustivement analysé dans le précédent paragraphe. En second lieu, nous pouvons ajouter l'implication par les pronoms, technique fréquemment utilisée pour convaincre et persuader dans ce dialogue : on retrouve bien des pronoms de la première personne (« je », « nous ») mais aussi des pronoms de la deuxième personne (« toi », « te ») etle pronom « on » généralisant, que les interlocuteur utilisent afin d'imprimer chez leur(s) destinataire(s) le sentiment d'être concerné(s). Ensuite, citons les marques d'opinion telles que les termes modalisateurs (« nécessairement », « visiblement », « ce serait », « qui te parait », « je ne crois pas », « bien »), qui affichent la conviction des interlocuteurs et les termes évaluatifs (« affreux », « impossible », « pis », « barbare », « ridicule », « abominable », « extravagante », « sanguinaire ») qui exposent le jugement du locuteur. Signalons de même la présence de raisonnements déductifs tels que les syllogismes construits à l'aide d'une première prémisse : une loi communément admise puisqu'elle est parole d'évangile (« Dieu [a] fait un pacte avec nous [les volailles ou les animaux] et avec ces autres animaux appelés hommes ; que Dieu leur [a] défendu de se nourrir de notre sang et de notre chair. ») ; une mineure (ex : « [or] il est impossible, quand ils nous ont coupé le cou, qu'il ne reste beaucoup de sang dans nos veines ; ce sang se mêle nécessairement à notre chair »), et une conclusion (ex : « ils désobéissent donc visiblement à Dieu en nous mangeant » et « c'est un crime de nous tuer et de nous faire cuire »). Finissons enfin avec ce que nous nommerons « les adresses au destinataire », qui interpellent directement le locuteur, ici d'abord le chapon puis la poularde : on repère en effet des exclamations et des marques d'indignation (« Que la gourmandise a d'affreux préjugés ! »), utilisées pour faire partager au destinataire l'émotion du destinateur, le procédé de la question oratoire (« Comment peuvent-ils ajouter à cette défense positive la permission de dévorer nos membres bouillis ou rôtis ? », « n'est-ce pas un sacrilège de tuer et de dévorer des gens avec qui Dieu a fait un pacte ? ») qui, ici, fournit implicitement les réponses attendues et conduit le destinataire à partager une démarche argumentative, et pour finir, le procédé de l'apostrophe, où l'émetteur interpelle son destinataire pour le faire réagir comme le fait le chapon à la ligne 82 en s'adressant à sa poularde : « Figure-toi que...». L'ensemble de ces procédés contribuent, avec les figures d'amplification et d'insistance (une hyperbole et une anaphore : « Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions ») à étaler toute l'indignation éprouvée par le locuteur (d'abord la poularde puis le chapon).


Conclusion

Ce qu'il ne faut cependant pas oublier, c'est que ce texte n'est pas simplement un dialogue emprisonné entre une poularde et un chapon, ou dans ce cas, il ne s'agirait que d'une conversation sans grand intérêt, car ces deux interlocuteurs partagent le même avis : il n'y a pas débat ou affrontement de thèses. Non, il s'agit d'un apologue que l'auteur, Voltaire, destine à convaincre et à persuader un lecteur ne partageant pas forcément les mêmes idées, d'autant plus que le philosophe y fait son blâme ! Ce dialogue est à percevoir comme la forme séduisante et édulcorée d'un discoursde type épidictique, qui fait le portrait des hommes et de la religion, tout en dénonçant leurs défauts et leurs vices. Il reviendra alors au lecteur, vrai destinataire du texte, d'apprécier la justesse et la qualité des arguments, de se reconnaître dans ce portrait dépeint, et d'essayer de se corriger.

Cet apologue, sous la forme d'un dialogue à valeur démonstrative, met en scène deux poulets qui étalent au grand jour la sottise et l'absurdité du comportement des hommes, l'espèce la plus « abominable », la plus « sanguinaire », la plus « ridicule » et la plus « extravagante » à la fois, selon l'auteur. Ce dernier y fait aussi le blâme de l'Église et, nous l'avons vu, les moyens utilisés à cet effet sont nombreux (champs lexicaux, figures de styles, syllogismes...). Mais, comme tout apologue, la volonté de convaincre et de persuader de cet extrait s'inscrit dans une situation où l'auteur cherche à modifier l'opinion de son lecteur, en lui enseignant une morale. Voltaire use donc du blâme, et d'autres moyens techniques pour convaincre et persuader. Un blâme qui tire toute sa légitimité de son émetteur dans le dialogue : le portrait est dressé par le regard naïf d'un poulet ; une forme d'ironie telle que la rétorsion, qui consiste à feindre d'employer les arguments de son destinataire pour mieux en démontrer l'absurdité, comme dans le pamphlet De l'horrible danger de la lecture, du même auteur.
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#Posté le vendredi 31 mars 2006 13:58

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